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mercredi 3 février 2016

Week-end

Parmi les différences culturelles auxquelles nous devons nous adapter (et parfois nous plier) il en est une qui me perturbe beaucoup... La notion de week-end ! Qui induit en fait celle de repos.
Pause bienvenue que ces deux ou trois jours (n'en déplaise à notre ami Jeb) qui nous permettent de nous balader, faire un peu de sport, ou la fête ou... RIEN. Tout simplement rien.
Ah ! Rien.
Traînasser. Traîner. Glander. Flemmarder. Paresser. Lézarder. Fainéanter.
Commençons par regarder dans le dictionnaire. Quand nous avons plusieurs mots pour décrire cette (in)action, l'anglais nous trouve deux, trois expressions (to loaf around, to goof off qui tient plus de faire l'imbécile...), bref pas grand chose par rapport à notre langue.
Dans la pratique, cela donne une conversation surréaliste comme je les aime avec une maman de la classe à qui je dis ma joie de voir le week-end s'approcher :

C'est formidable !!!! (ici, j'apprends à ne pas simplement me réjouir, mais à me réjouir énormément), Nous avons un vrai week-end à partir de demain. On va vraiment beaucoup en profiter...(constate ami lecteur comme je progresse chaque jour en expression américaine : l'usage de l'emphase n'a presque plus de secret pour moi).

-Ah oui, nous aussi. Samedi, mon fils a juste son match de Basket à 50 minutes de la maison, et j'ai ma semaine de linge à faire. Et dimanche,  je travaille à la bibliothèque (mon interlocutrice est bibliothéquaire) mais ma fille vient avec moi.

Pas une once (c'est à dire 28,34 g, le système de mesure fait également parti de mon programme intensif d'adaptation) d'ironie dans son regard que j'ai scruté très très longuement pour m'assurer qu'il n'y avait pas de second degré. Rien. Que du bon premier degré. Solide. Sur lequel on peut se reposer, confiant. Et oui, ici le samedi et le dimanche sont des jours actifs comme les autres. Certains travaillent comme le reste de la semaine, d'autres... S'activent. Différemment certes. Mais énergiquement.

Tout "granola" soit-il, le californien est occupé. "Granola" étant le qualificatif dont sont affublés les habitants de cette partie de la côte ouest m'a récemment appris une New-Yorkaise. Par "Granola" qui est à l'origine ce mélange de céréales et fruits secs torréfiés, on entend que le Californien mange sain, aime la nature et regorge d'énergie... Qu'il dépense joyeusement dans toutes sortes d'activités diverses et variées. Et je dois dire qu'effectivement, l'activité physique pratiquée ici est impressionnante. Vélo, course, vélo de courses, cours de yoga de toutes sortes, cours de pilates, randonnée, marche rapide, skate, voile, planche voile, kite, surf. D'ailleurs tout le monde à un tapis de yoga à portée de main, ses baskets de course aux pieds, son legging aux genoux pour les femmes, son pantalon de jogging pour les hommes, sa parka sans manche (les matins sont frais), et sa casquette vissée sur la tête. Toujours prêts à partir en petites foulées, ou enfourcher un vélo, ou exécuter un petit Salamba Sirsasana (ou comment placer un peu de sanskrit au débotté) de derrière les fagots. Hop hop, ça sautille, ça gravit, ça galope, ça trottine, ça patine, ça navigue... Ami indolent passe ton chemin, ici on est fit et bien. Pas de temps mort. Sauf en sport...



samedi 9 janvier 2016

Noël au Mexique

Diantre, Noël est passé et nous sommes déjà en 2016. Nous entamons le 5e mois de notre séjour. Les fêtes étant une des périodes propice aux marronniers et autres lapalissades, j'aurais envie d'écrire : "Que le temps file" et d'ajouter aussi : "Que nous sommes loin...".
Or, l'avantage d'être loin de chez soi est que l'on est proche d'ailleurs... (lapalissons, lapalissons !). Nous avons donc saisi la chance des ces quinze jours de vacances (enfin quinze !) et mes beaux-parents (merci d'admirer le joli zeugma) pour passer Noël au Mexique. Et, plus précisément en Basse-Californie. Et plus précisément encore à Los Cabos. Sur une carte géographique tu contasteras ami lecteur que le Mexique est doté d'un petit doigt, comme l'Italie d'un talon, la Corse d'un pouce, etc. Los Cabos est au bout du bout de ce doigt. Et au bout de ce doigt, c'est un peu comme si nous étions au bout du monde.

"Un bout du monde" en bas du doigt, à gauche...
Mais pour y arriver, il a fallu d'abord prendre un avion. Pendant trois heures. Un vol que je qualifierais d'Orangina, pour son si fameux slogan : "Secouez-moi, secouez-moi". Ah ami lecteur, toi qui connais ma légère réticence vis-à-vis de tout mode de transport aérien, tu sauras à quel point la Basse-Californie m'a semblé loin. D'autant qu'à l'occasion de ce voyage, j'ai pu constater que les pilotes américains ont une petite tendance à délaisser le bouton "Merci d'attacher vos ceintures" (j'y mets les formes, c'est toujours plus agréable), contrairement aux pilotes français qui l'actionnent à la moindre anticipation de possible turbulence... A croire que dans les cockpits américains ce fichu bouton est placé à un endroit inaccessible, genre sous le tableau de bord au fond à gauche que non seulement on ne voit rien dans ce bazar (oui, il y a des pilotes belges dans la flotte US) mais en plus il faut se pencher en avant, risquer un lumbago, voire se détacher... Un peu comme la manette qui permet d'ouvrir le capot d'une voiture, en fait...



Bref, le signal éteint, les jambes pas (encore) trop en coton, je profite d'aller aux toilettes. Que j'atteins sans trop de heurts... Jusqu'à ce que l'avion décide de s'offrir un petit rodéo. Si j'y étais allée me refaire une petite beauté, je serais sortie de là façon portrait de Picasso période cubiste, les deux yeux crevés en prime. De retour (pénible) vers mon siège, j'ai aidé une maman qui portait son petit dans un bras et de quoi le changer dans l'autre. Elle a fini à quatre pattes, le bébé sur le dos pendant que je jouais au bilboquet avec le change...

Le pilote a fini par trouver le bouton du signal de la ceinture quand je suis arrivée rampante à mon siège. J'ai fait trois noeuds à la mienne avant de la boucler. Serrée. Cette fois plus encore qu'à l'accoutumée fouler la terre ferme m'a semblé un petit miracle.









Les bagages récupérés, nous avons embarqué dans notre voiture de location modèle XXL... Cabo Pulmo, nous voilà... Ou presque. Après 225 mètres de route goudronnée nous passons sur une piste. Sable, cailloux, trous... Qui ont mis à mal tous les brushings de la famille. "Secouez-moi ! Secouez-moi !" aura vraiment été le jingle notre journée ! Sans compter que la nuit s'est mise à tomber, que les panneaux d'indication ne sont pas légion dans la région et que l'aiguille de la jauge d'essence s'est soudainement tournée du côté du 0. Histoire de faire son intéressante.
La possibilité de pousser notre 98 tonnes (à 5, tout est possible) étant encore envisageable,  jusqu'à ce que Cyril s'exclame : "Oh zut, je crois que je viens d'écraser un serpent !". Le silence s'est abattu dans l'habitacle. Et c'est les mâchoires et les fesses serrées que nous sommes arrivés dans notre joli hôtel.

Grand ouvert sur l'océan... Spectacle magique du matin...
Nous étions en pleine saison de migration des baleines, et il n'était pas rare d'en apercevoir au loin...
Confortablement installés sur une de ces plages désertes... A perte de vue.


Cabo Pulmo est un parc national. Il abrite le seul récif de corail vivant d'Amérique du Nord. Le commandant Cousteau, sous son bonnet rouge, disait de ce bout d'océan qu'il était "l'aquarium du monde", et nos quelques petites incursions en masque et tuba ont parfaitement illustré sa déclaration...




mercredi 18 novembre 2015

Du complexe de l'immigré

Ou comment se sentir si petite quand on mesure pourtant 1,76 m...

Alors forcément ça fait aussi un grand contenant de timidité, cette taille-là. Mais on m'a toujours appris que lorsqu'on est nouveau dans un environnement, la moindre des choses est d'essayer de s'adapter au mieux aux règles qui y prévalent.
Ainsi, dans le cadre de l'école Waldorf (l'école des filles, donc), je m'efforce de m'investir le plus possible. Dans notre appartement, je m'efforce de bien trier les déchets dans les 3 poubelles distinctes, de sortir lesdites poubelles le jour où passent les éboueurs et d'apprendre aux enfants à courir sur leurs doigts de pieds et non pas sur leur talon par égard pour le voisin du dessous. Au guidon de mon vélo, je m'efforce de laisser passer les premiers arrivés au croisement (règle de la circulation américaine) et de passer en remerciant quand un conducteur me fait ce petit geste de la main que d'aucun pourrait trouver dédaigneux, mais que je me persuade de trouver charmant... Non ce geste n'est pas celui que l'on fait pour chasser une mouche (à laquelle je pourrais m'assimiler sur mes deux roues) mais plutôt celui du désir d'épousseter les ailes délicates du papillon (en fais-je trop, là ?).
Dans les établissements que je fréquente, du Starbuck du coin à la bibliothèque de l'autre coin, en passant par les restaurants, les commerces, les bureaux de poste, je suis polie et quand les premières fois on me souhaitait "have a good one", je répondais du tac au tac "you too", tout en me demandant qu'est-ce que je pouvais avoir de bonne...
Force a été de constater que mon anglais était bien plus rouillé que je ne l'imaginais. Et qu'il fallait que j'arrête de me mentir : ce n'est pas parce que les américains ne parlent pas avec ce si bel accent "british" que je ne comprenais (et ne comprends toujours) pas ce que certains (voire beaucoup) me racontent. Certains parlent vite, d'autres avalent leurs mots, d'autres encore ont un accent insaisissable, d'autres enfin, n'articulent pas, sans parler de ceux qui parlent le fameux "slang" dont on nous a jamais enseignés les subtilités. En somme, les travers oraux de tout un chacun dans sa propre langue. Mais quand ce n'est pas "sa" langue, c'est une autre affaire. Et demander à son interlocuteur de répéter toutes les 30 secondes finit par devenir gênant. Pour soi. Et pour l'interlocuteur. Alors souvent, on préfère se taire. Sourire béatement, hocher de la tête et espérer qu'à la fin du discours, un miracle se produira, une espèce de pierre de rosette mentale, permettra de comprendre l'intégralité à posteriori, et pourquoi pas, puisqu'on y est, tout ce qu'on n'a pas compris la veille et tous les jours précédents. Et puis, tant qu'à faire, si la pierre de rosette pouvait aussi nous permettre de répondre à toutes ces bonnes vieilles questions qui nous taraudent depuis des lustres ce serait bien aussi... Parce que, des fois, on aime bien aussi les réponses. Ça permet de clore un sujet ou du moins à chapitre et de passer au suivant. D'avoir l'impression d'avancer... Mais Rosette n'est que notre tante moustachue, et sa pierre n'est qu'une parmi les autres qui se trouvent dans son jardin.
Pas de réponses et pas de bilinguisme rétroactif. On ne comprend pas grand chose. Et on se dépatouille avec ça. Au quotidien c'est agaçant, mais lorsqu'on a affaire à une administration, ça se complique.

Nous avons passé notre code de la route l'autre jour. Nous devons en fait repasser l'ensemble de notre permis, en tant que résident californien. Va pour le code donc, que nous avons révisé assez rapidement je dois dire. Après avoir adoré certaines parties comme celle où il s'agit de ne surtout pas répondre, ni même regarder dans les yeux un conducteur agressif... Car ça peut le rendre plus agressif encore. Riches de ce précieux savoir, nous nous sommes donc présentés au DMV, le département qui gère tout ce qui est relatif à la conduite, aux véhicules de ce pays, ville par ville. Détail qui peut avoir son intérêt informatif : les soeurs de Marge Simpson travaillent au DMV.



Nous avons donc rdv, faisons néanmoins une file non négligeable (on nous avait prévenus) et nous présentons à un premier guichet où l'employé nous demande à la vitesse de l'éclair de lui présenter un premier formulaire. Que Cyril sort de la pochette qu'il a emmené avec lui. Comme s'il s'agissait de déjà nous tester, l'employé nous demande plus vite encore, un autre formulaire que Cyril, imperturbable, sort de sa précieuse chemise. Avant même que le document arrive jusqu'au guichetier, ce dernier en demande aussitôt un troisième. J'ai déjà arrêté d'essayer de comprendre et fixe la chemise magique en me demandant si elle crée des générations spontanées de dossiers correspondants à toutes les situations.
Mais la main de Cyril se fige. Il a la fiche qu'on lui demande le concernant, mais pas la mienne, qu'il a en .pdf sur son téléphone. "L'imprimé monsieur, il me faut l'imprimé, pas de document électronique. Vous avez 20 minutes."
Je regarde Cyril, j'ai l'impression d'avoir été parachutée dans un épisode de 24h Chrono. Je me saisis de mon téléphone. Le compte à rebours est en marche. Le moment se divise en 4 sur l'écran : je cours en sortant du DMV pour trouver un endroit où l'on voudra bien imprimer mon doc. Cyril s'assoit sur les chaises défoncées du DMV pour remplir l'énième formulaire qui nous mènera à un autre guichet qui lui même nous permettra de nous présenter aux pupitres où se déroule l'examen du code. Sur la 3e case de l'écran la file qui grossit encore à l'extérieur du DMV. Sur la 4e, les filles dans la cour de l'école qui ne se doute pas du drame qui se noue à quelques km de leur balançoire...



Après avoir trouvé un assureur qui imprime mon fichier et à qui j'ai du demandé de répéter 15 fois son adresse mail, qu'il a fini par la taper lui-même, je retourne angoissée au DMV. A mon grand soulagement, on accepte mon document et je remplis le formulaire pour l'étape suivante. Dans la case nom de famille, je mets notre nom de famille auquel j'adjoins mon nom de jeune fille entre parenthèses. L'une des autres questions concerne mon numéro de sécurité sociale aux US. Cyril me dit de mettre le sien puisque je n'en ai pas pour le moment. Notre document rempli, on nous assigne un numéro chacun.
Cyril et moi avons chacun notre petit formulaire avec un numéro, une pochette magique et une seule carte bancaire... On nous appelle à deux guichets séparés. Et comme un fait exprès ils sont exactement à l'opposé l'un de l'autre. Je rappelle que le DMV gère tout ce qui a trait à la circulation dans la ville... Il y a environ 30 guichets, autant d'employés et 200 personnes qui attendent.



Cyril garde la pochette, je prends la carte bancaire. Et me dirige vers la dame qui va se charger de mon cas. Je souris le plus largement possible. Prends mon air le plus avenant. Et me cogne à la porte du visage fermé de mon interlocutrice. J'essaie d'augmenter de quelques degrés la courbure de mon rictus, sans pour autant me faire la tête du Joker. Mais rien ne s'entre-ouvre en face. En fait il n'y a pas de serrure, et certainement pas de poignée. Mais je m'applique à ne pas perdre mes moyens. Et l'interrogatoire commence : "passeport". Je m'exécute. "Fomulaire". Je le pose sur la tablette.

-Pourquoi vous vous appelez par un autre nom que celui qui est en premier sur votre passeport... 
-C'est mon nom de femme mariée. Mais vous avez vu ? J'ai mis mon nom de jeune ff
-Certificat de mariage.
-Pardon ?
-Certificat de mariage.
30 degrés de moins dans l'inclinaison de mon sourire.
-Euh, je, je ne l'ai pas là... Mais mon mari là-bas, oui, celui avec des cheveux en pétard, il est marrant d'ailleurs avec ces cheveux en pét... Non en fait vous en avez absolument rien à cirer des cheveux de mon mari vu la tronche que vous faites.... Il a une pochette (magique) dans laquelle il y a certainement...
-C'est un certificat américain ?
Et 20 degrés en moins sur le compteur du sourire.
-Euh, pardon ? 
-...
-Américain ? Euh et bien non parce qu'on s'est marié en France
-Ce n'est pas un certificat américain ? Ça n'est pas valable alors !
Paf ! Moins 50 d'un coup !
-Mais je...
-Et votre numéro de sécurité sociale ?
-Oui ? 
Déglutition difficile.
-C'est le vôtre ?
Moins 40 degrés
-Oui ? Non ? Est-ce que quelqu'un peut me dire quelle est la bonne réponse ? C'est celui de mon mari.
-C'est pas le vôtre alors. Vous n'en avez pas...
-Euh non. Pas vraiment. Je croyais...
(Inversion de la courbe du sourire)
-Vous avez donc menti.
Enclenchement des sirènes... Regard paniqué vers Cyril tout là-bas à l'autre bout...
-Je croyais. Enfin en France, on a le droit de...
Ma voix monte dans les aigus, j'ai perdu 76 cm d'un seul coup, alors que la dame, elle, en a gagné deux fois plus.
-Mais on n'est pas en France ici, on est aux Etats-Unis, vous comprenez ? C'est pas la France.
J'ai encore perdu des cm. C'est une géante. Je voulais juste bien faire pas resquiller. Je ne sais pas comment on dit ça en anglais. Je suis là pour passer mon code de la route, pas pour me faire sermonner (ou qui sait, mettre aux arrêts). Alors je courbe l'échine. M'écrase façon crêpe. Articule des excuses que je sers en chapelet. Ravale le dernier micro litre de fierté qui me restait encore coincé au travers de la gorge...



A ce stade de l'histoire, j'aimerais préciser que mon interlocutrice était indienne avec un accent très prononcé. Qu'il m'a plu (avec un peu de recul) de me dire que la situation ne manquait pas d'humour. Qu'il y a une vraie assimilation des immigrés dans ce pays. Que j'adorerais qu'un employé de banque en France avec un accent pas possible de n'importe quel pays étranger puisse se sentir ainsi investi par l'appartenance à sa nouvelle patrie au point d'engueuler un américain (au hasard) en lui rappelant qu'il n'est pas aux US (sans pour autant l'humilier, hein, autant qu'il y ait un peu de morale dans cette histoire)...
Que la vie ne manque pas d'ironie car m'est revenu vivement un épisode dont j'avais été témoin à Paris dans le métro. Un employé de la Ratp, derrière sa guérite toisait un groupe de touristes à qui il rechignait à vendre des tickets sous prétexte qu'il ne comprenait pas ce qu'ils voulaient. Que c'était à eux de faire l'effort de mieux s'exprimer. Qu'ils n'avaient qu'à apprendre à parler le français. J'étais pressée, j'étais passée. Je fais le serment que si je devais revivre une situation similaire, je m'arrêterais, pressée ou pas. Et j'interviendrais.
Et aujourd'hui encore plus que jamais.
...
Epi de l'épilogue : nous avons tous les deux obtenu notre code. Mais j'ai raté mon test de conduite. Un bruit court selon lequel il est très rare que les examinateurs donnent du premier coup leur permis aux européens qui repassent le leur. Histoire de leur apprendre qu'on conduit différemment aux Etats-Unis. Histoire sans fin...
Démentie par Cyril qui a passé le sien haut la main...  A moins que ce ne soit grâce à la pochette qu'il avait à portée de main...




mardi 3 novembre 2015

Négligence

Trois semaines sans même avoir fait ne serait qu'un tout petit article sur ce blog c'est long... Du moins pour moi. Je ne me prononcerai pas pour vous. Bref, comme dirait France Gall : "C'est peut-être un détail pour vous mais pour moi, ça veut dire beaucoup."
Merveilleux trait d'esprit que l'on doit plutôt à Michel Berger... Mais que serait l'esprit sans sa voi...x.
Mouais, va falloir se chauffer un peu.
Bref.
J'ai profité pleinement de la visite de ma grande soeur et sa famille, suivie de près par celle des H&M de Marseille. Leur présence en plus d'être un vrai plaisir, m'a permis d'apprendre (enfin) à connaître un peu mieux SF et ses multiples quartiers...
Même si, contrairement à mon beauf et aux H&M, j'ai encore besoin d'un plan de la ville pour m'orienter que je consulte joyeusement sur mon portable histoire d'avoir l'air vaguement locale... Ce dont je doute cependant, puisque chaque fois que je franchis la porte d'un magasin, d'un café ou d'un musée, on continue de me demander d'où je viens. Les jours heureux je me dis que c'est tout simplement ma "French Touch", les jours tristes, je sens que je serai toujours étrangère et nourris ainsi mon complexe d'immigrée dont je retoucherai un mot très prochainement...
Va pour les jours heureux en tout cas aujourd'hui :

Je cherchais un moyen de la placer celle-là (héhé)
Certes, SF est, comme la plupart de villes américaines, organisée en damier... Ce qui devrait aider un peu mon maigre sens de l'orientation, mais quelques artères principales se sont imposées en biais et trois, quatre avenues ont décidé de se courber... Et de semer ainsi le voyageur déboussolé... Bon, on doit être 3 depuis la naissance de SF à se paumer à cause de ces quelques rues. Et les deux autres c'était au 19e siècle... Et qui me confirme qu'ils se sont plantés à l'usine, enfin que je suis tombée sur un débutant qui a dû écrire "sans de l'orientation" ce crétin...

Toujours est-il que je me suis laissée mener avec joie par nos visiteurs... A qui je rends hommage pour leurs adresses, leur entrain, leur curiosité, leur voiture : ils ont été des guides formidables et ils me manquent déjà beaucoup (dites les cocos, il serait temps que vous reveniez : il reste encore quelques quartiers que nous n'avons pas faits !).

A peine tout le monde parti et l'assourdissant silence de leur absence retenti, Halloween nous a absorbé dans sa spirale festive !

mardi 29 septembre 2015

De la classe verte - 3e partie (Field trip - part 3)

Ou comment cela s'est-il fini.

En haut du Cinder Cone, le vent souffle violemment. Je retrouve même un des élèves couché par terre tellement il souffre de vertige et le vent semble nous pousser vers le ravin. J'attrape fermement la main de Téa. L'histoire ne nous dit pas si c'est pour aider mon aînée ou me rassurer moi-même. L'histoire est cachottière...
Puis nous sommes descendus dans le cratère. Où nous avons déjeuné et dessiné. A l'école Waldorf, les enfants constituent eux-mêmes leurs livres de classe. Ainsi préparent-ils celui de géologie qu'ils étudient en ce moment, raison pour laquelle la classe verte se déroule dans un parc volcanique. Une fois ces tâches accomplies, nous empruntons un autre chemin pour descendre. Prennent la tête du cortège les enfants qui veulent descendre en courant (mais où est mon bandana rouge !???). Je reste derrière : certains enfants n'ont pas envie de courir. Après cinq heures de randonnée, entrecoupée du repas et de multiples snacks, nous dînons de saucisses grillées sur le feu allumé et entretenu par les gamins. Une fois de plus le syndrome du transfert "à la française" me gagne... Et je vois vingt-huit pyromanes en puissance... Pleine page dans la Provence, rubrique Faits Divers : "La classe verte part en fumée. Après avoir mis le feu à leur professeur et aux parents accompagnateurs, les élèves de la classe de Mimounette-les-Truffes ont déclenché un incendie de forêt sans précédent. Les pompiers luttent courageusement contre les flammes dévastatrices. Parmi les décombres, les soldats du feu ont eu la surprise de trouver le cadavre de Michel M. dangereux tueur en série recherché par les forces de l'ordre depuis mai 1994. Etc." 

Mais les saucisses étaient bien cuites et bienvenues. Retour au campement. Dodo à 20.00. Parfait pour les braves. Trop tôt pour les ours. Et trop froid. Et trop pluvieux. On a flirté avec des températures négatives cette nuit-là. Même si on a essayé de m'embrouiller avec les degrés Fahrenheit (est-ce que quelqu'un peut me faire la grâce de m'expliquer comment se convertissent ces machins ?) ! J'ai béni la maman qui m'a prêté un sac de couchage méga-luxe-plume-d'oies-du-Canada-tirettes-extensible-et-capuchon-réversible si bien que seul mon nez se trouvait à l'air libre. Réveil matutinal où tu n'imagines même pas te laver le visage. De toutes façons, il n'y a pas d'eau mais de la glace. Petit déj mega express avec gants bonnet et écharpe. Et hop c'est reparti pour une nouvelle balade : l'ascension du mont Lassen. 3189 mètres, 10457 pieds, mec. Ouais. Ça te pose un randonneur... Sauf qu'il pleut là... A 1500 mètres. Donc à plus de 3000... Je regarde mes chaussures. Les trous d'aération de mes chaussures. 
Est-il décent de faire l'ascension en sac de couchage ?
Grizzly blond sous ciel gris
Ce jour-là, nous avons dû renoncer car il y avait effectivement une tempête de neige et les rangers ont fermé la route. Mais nous avons une maîtresse plein de ressources qui nous invite à nous rabattre sur une petite randonnée...  De 3 heures. Nous avons marché 3 heures. Fini par rencontrer la neige. Et lorsqu'il s'est agi de faire demi-tour, les deux-tiers de la classe en ont redemandé. Je me suis sacrifiée pour ramener le tiers fatigué. J'ai définitivement perdu mon bandana rouge...
Ce soir-là deux mères sont rentrées remplacées par deux autres. La maîtresse nous a trouvé un petit chalet chauffé pour nous éviter la tente. Toutes les quatre dans nos lits superposés, nous étions ravies. D'autant que l'une des "nouvelles" mamans avait amené du vin (rôôôôôô strictly forbidden, mais on a une maîtresse funky)... Et ce petit retour à la civilisation était tout bonnement délicieux.
Troisième et dernier jour sur place. On ne renonce pas à l'ascension du Mont Lassen : le soleil est réapparu. Il fait toujours 2° CELSIUS... Manque de pot (ou pas !), la route est encore fermée ce matin. Mais imperturbable, notre maîtresse nous trouve une petite rando de derrière les fagots et hop nous revoilà partis pour 2 heures. Entrecoupés des incontournables snacks et pique-nique. Nous croisons Jean-Pascal guilleret québécois qui joint Vancouver à San Diego à vélo... Je vous laisse consulter vos googlemaps mais croyez-moi, ça fait une trotte. Le bandana rouge qu'il porte autour du cou m'est singulièrement familier...
De retour à notre base, nous constatons que la route est ouverte. En voiture ! Direction les bassins de soufre de Bumpass Hell. Une heure de sentier enneigé et détrempé pour y parvenir. Mes chaussures font un bruit d'éponge quand nous arrivons à la hauteur des fumerolles dont l'odeur n'est pas sans évoquer celle des oeufs pourris... Sur mes 28 camarades une petite dizaine seulement est chaussée de façon idoine.

Photo importée, je n'avais plus de batterie...
 Snack et retour vers les voitures. Je me fais une joie de remonter dans le van avec mon camarade J. qui, tout végétarien qu'il est, est fan de bouffe. Mais c'est compter sans notre énergique maîtresse qui propose aux enfants de faire une bataille de boules de neige. Il est 17h30, depuis trois heures, nos pieds macèrent dans des chaussures humides à -3 degrés. Le bout de nos doigts menacent de tomber dans nos gants en laine. J'ai imaginé près de 200 modèles différents de chapeau de nez... J'ai une recette de bouillabaisse sur le feu pour J... L'annonce me fait l'effet... D'un iceberg en pleine face. Va pour la bataille. Je serai observatrice. Téa n'ose pas participer : elle ne veut pas viser ses camarades... Elle finit par suivre la troupe de loin... Je sais que ce n'est pas très facile pour elle. Voir toute cette tribu s'amuser n'est pas sans lui rappeler violemment sa bande à elle. Et le manque est parfois criant...
Nous rentrons de nuit vers le campement. Je rappelle qu'il n'y a pas d'électricité. Le dîner est donc préparé à la frontale. Personne n'a de chaussures de rechange. Les enfants sont étrangement silencieux... Dans les chalets, ça sent la chaussette mouillée. En nous mettant en pyjama (ce qui s'impose comme le moment le plus intime que j'aie partagé avec un enseignant de mes enfants !), la maîtresse me confie qu'elle a peut-être poussé les enfants un peu loin... Je prends mon air suisse, neutre donc, et avec un petit sourire, j'ose un "peut-être" savamment interrogatif !
Le lendemain nous remballons. Retour guilleret vers SF... La maman qui me ramène nous met au bout de 30 minutes de voyage un conte lu qui dure plus de 4 heures. L'histoire ne dit pas si c'est pour éviter de subir ma conversation... L'histoire est cachottière...

samedi 26 septembre 2015

Intermède ou comment dit-on "A Marseille, on va encore chercher l'eau au puit." ?

Juste avant de partir vivre des aventures palpitantes au sommet de volcans dangereux, nous avons eu un petit souci avec le robinet de notre évier qui s'est mis à fuir sans crier gare. N'oublions pas que la Californie subit une grave sécheresse depuis 4 ans maintenant. L'eau est donc précieuse. Et jongler avec les arrivées d'eau toutes les 30 secondes un chouïa pénible. Je contacte donc fissa notre propriétaire qui me fait la grâce de m'envoyer cette formidable vidéo qui me laisse encore rêveuse :



Depuis tout est rentré dans l'ordre. Lui ayant envoyé la preuve par l'image qu'un robinet n'avait aucun secret pour moi...

C'est au tour de notre frigo de nous lâcher... J'attends avec une certaine impatience la video tuto : "Comment ouvrir une porte de réfrigérateur et bien la fermer"...

Et puisque nous en sommes à l'intermède, voici maintenant LA RÉCLAME (fière je suis) :


mercredi 23 septembre 2015

De la classe verte - 2e partie. (Field trip - part 2)

Ou comment je m'en suis sortie

Déjà cinq jours que je suis revenue et que je n'ai pas encore pris le temps de raconter ce voyage de classe. "Voyage de classe" parce que "Classe verte" induit quelque chose d'un peu primesautier. Une forme de naïveté enfantine qui s'est évanouie au bout de cinq minutes de voyage.
Jour 1 : "GO"
Mais avant même le départ, je me dois de décrire l'embarquement. Sur le trottoir devant l'école, une camionnette garée suivie d'une série de cinq voitures plus grosses les unes que les autres. Des enfants excités, des tas de bagages et sacs de couchage, et une dizaine de frigos de pique-nique et autant de large caisses en plastique. Pères et mères s'activent pour charger le tout dans le coffre des voitures et de la camionnette loué par un papa... Et zou... Le convoi s'ébranle pour plus de 6 heures de voyage.
Me voilà donc en voiture, conduite par S., en compagnie de 3 garçons de la classe. Après les présentations, j'entame, enthousiaste, le début de ma liste de sujets de conversation. J'en choisis un facile, histoire de mettre tout le monde à l'aise. Un sujet qui a fait ses preuves parce qu'il ouvre sur d'autres : le logement à SF... Mais avant même de laisser parler mon interlocutrice conductrice, j'aperçois l'un de mes protégés qui sort de son sac à dos un Opinel aiguisé à souhait. Regard paniqué vers les issues possibles de la Prius à bord de laquelle j'ai pris place. "Les sorties de secours se trouvent à l'avant, au milieu et à l'arrière de la cabine"...? Quand les deux autres enfants sortent à leur tour qui son couteau suisse qui son canif énorme. Et mon cerveau en pleine phase transitionnelle d'adaptation transfère l'image des trois bambins armés à une classe verte en France...
Une pleine page dans la Provence, rubrique Faits Divers : "Ils partaient en classe verte armés. Trois élèves de l'école Schmoll à Michounette-les-Oies ont égorgé leur professeur et les parents accompagnateurs devant leurs camarades indifférents sur l'aire de camping de Plouf-sur-Rivette. Une mère a bien tenté de donner l'alerte mais s'est pris les pieds dans une peau d'ours oubliée là par un précédent campeur." etc.
Mais les passagers ont déjà rangé leur couteau, et entament leur premier "snack" de la journée. Arrosé de leur première gourde d'un litre d'eau. (Il a été spécifié d'emmener deux gourdes d'un litre AU MOINS (c'était en majuscule) par enfant. Afin qu'ils puissent beaucoup boire pour lutter contre le mal de montagne). Mon pilote, elle, continue de deviser sur les prix délirants du logement à San Francisco... Qui lui permettront d'aborder par la suite, les prix délirants de tout à San Francisco. Et ainsi d'enchaîner sur l'école, qui est le théâtre de luttes intestines comme toute autre école sur la terre... La terre qui est un astre... Dans le système solaire... Je n'ai pas eu besoin de piocher d'autres sujets de conversation dans ma liste. Le voyage est passé tout seul.

Le Mont Lassen

Mesdames et messieurs : Le Parc National Volcanique du Mont Lassen. Il fait très nuageux et pas très chaud. Les enfants prennent possession de leur chalet et moi, de ma tente, qu'un papa m'aide à monter. J'y installe mon magnifique sac de couchage rempli de plumes d'oie prêté par une maman soucieuse de mon confort, sur un matelas prêté par une autre famille. Bref, j'organise mon petit chez moi... Et crée un premier fossé culturel quand j'annonce que la première et dernière fois que j'ai dormi dans une tente, j'avais douze ans. Émoi chez mes interlocuteurs qui campent 20 fois par an, et gardent au fond du coffre de leur SUV ou de leur Prius, une tente pop-up, un matelas gonflable et un réchaud en cas de camping intempestif. Rassurez-vous, j'ai immédiatement réconcilié les continents en arguant de l'espace inouï des parcs nationaux américains versus la modestie des campings français qui font moins rêver.
Première nuit sous la tente. Après avoir tenté d'analyser tous les bruits de grignotages, pas et courses, frôlements divers et variés d'une vie hyperactive qui se déploie avec la tombée de la nuit, une lumière se braque sur la toile de mon modeste abri. Je regarde l'heure : 2 heures du matin. Il fallait évidemment que ça tombe sur moi. Ça ne loupe jamais. Le tueur du Mont Lassen a choisi ma tente. Forcément. N'écoutant que mon courage j'articule avec tout l'aplomb que je peux fournir pelotonnée dans mon ample duvet,  un "Who is it ?" censé faire diversion. Voire peur. Mais bon, plutôt diversion en fait. Parce qu'on est d'accord : le gars, il ne peut décemment pas me répondre : "Je suis le tueur du Mont Lassen et je viens t'exécuter parce que tu ne campes pas assez." Ou "J'aime pas comme tu as monté ta tente. Tu mérites de mourir." Ou "Je suis un grizzly deux point zéro, je voulais te montrer ma nouvelle appli lampe de poche sur mon iPhone 6". Quand une petite voix bien connue m'interpelle : "Maman ? C'est moi, Téa, je n'arrive pas à dormir... J'ai mal au ventre". Mon grizzly mesure 160 cm, est blond comme les blés et a ses grands yeux bleus ouverts, mouillés de larmes... Ma Téa a mal au ventre parce qu'on a mangé du Chili au dîner, et dans une chambre partagée avec 6 autres gamines, il est difficile de laisser la digestion se faire... Je vais donc prévenir la maman qui chaperonne son chalet. Cette dernière non seulement se lève pour serrer Téa dans ses bras et proposer des médicaments, mais va dans sa voiture chercher un matelas (celui du camping intempestif), nous accompagne jusqu'à ma tente et se met à gonfler à pleins poumons ledit matelas. Il est 2h15 du matin, il fait un froid de gueux, il y a des grizzlys et des tueurs en série embusqués derrière chaque arbre et cette femme, en chemise de nuit, pieds nus, s'occupent du bien-être de mon enfant. Je m'incline. Et lui saurai gré éternellement.

Jour 2 : le "Cinder Cone"
6 heures du mat', j'ai des frissons, je claque des dents mais je ne monte aucun son. Il n'y en a pas. Calme absolu du petit matin. Le soleil se lève au moins aussi péniblement que moi. Je passe une tête échevelée par le zip de ma tente... La maîtresse est là, pimpante. Il faut s'habiller et rejoindre la table de notre groupe de repas pour donner les indications pour la préparation du petit déj. Je rappelle au passage qu'il n'y a aucune douche. Que ce matin-là je ne soupçonne pas encore l'existence des toilettes chauffées (qui vont vite me sembler d'un luxe inouï) avec chasse d'eau, robinets et lavabos. Non, ce matin-là je pratique seulement les toilettes sèches. Et l'arrivée d'eau extérieure. Réveil garanti. Je rejoins mon petit groupe de 7 élèves, dont Téa fait partie ainsi que la maîtresse. Chaque groupe dispose d'un réchaud, d'une casserole et d'une poêle, d'un frigo et d'une caisse remplis des ingrédients nécessaires aux repas de TOUT le séjour. Les menus ont été élaborés par une maman de la classe, qui a organisé la préparation préalable d'un certain nombre de plats par d'autres parents (j'ai contribué en cuisant 24 oeufs durs !). Le menu de ce premier petit déj : oeufs brouillés et saucisses, fraises, yaourts. Au cours des prochains petits déjeuners nous aurons des tortillas, du porridge, un gâteau aux pommes... Les enfants se partagent les tâches allant de la cuisson à la vaisselle en passant par la réorganisation du frigo et de la caisse de nourriture. Qui sont soigneusement rangés dans les "bear boxes", sorte d'armoires extérieures verrouillées pour échapper à la curiosité d'un ours. Ou d'un tueur en série.
On se réunit autour d'une autre table où sont disposées diverses denrées pour l'élaboration du repas de midi que chacun se prépare tout seul. Les parents se divisent ensuite les 18 tonnes de noix, fruits, et autres crackers des 32 snacks de la journée. Et c'est parti pour notre première randonnée. 5 heures de marche à la découverte et l'ascension du Cinder Cone, volcan de cendres éteint.


 Juste avant d'entamer la montée sur le chemin que l'on distingue à droite du volcan, après le 12e snack de la matinée, la maîtresse réunit tout le monde et annonce que cela va être très difficile. La tradition veut que sur ce chemin, on fait trois pas en avant et deux en arrière. Mais aucun plainte, aucun gémissement ne sera toléré. Je traduis à Téa qui me saisit la main. De l'autre, je cherche mon bandana rouge, pour me le nouer autour du front.



A suive... (To be continued...)

dimanche 13 septembre 2015

De la classe verte - 1ère partie. (Field trip - Part 1)

Ce n'était pas prévu. Mais l'imprévu est une donnée constitutive du voyage, n'est-ce pas ? Et le chemin de l'intégration m'évoque par moment le parcours du funambule. De l'art du juste équilibre.
C'est lors de l'entretien que nous avons eu avec les institutrices des filles que la nouvelle est tombée : la classe de Téa part en classe verte la semaine du 14 septembre (deux semaines donc après la rentrée). Calendrier surprenant de prime abord. Mais quand on sait que dans les écoles Waldorf une institutrice garde la même classe du CP à la 4e, on s'en étonne moins. Les gamins se côtoient depuis leur cinq ans, et il n'est plus question de devoir faire connaissance avant de partir.
Evidemment, à l'annonce de cette information, mon coeur de mère en a pris un coup : comment laisser partir Téa seule avec tout ce monde, pendant 5 jours, à des heures et des heures de voiture au nord de San Francisco. Dans un parc volcanique. Avec des volcans partout, donc. Qui sont censés dormir. Mais tout le monde sait bien qu'il faut toujours se méfier du sommeil du volcan.
Sans compter qu'il peut y avoir quelques grizzlis en perdition par là-bas. Parce qu'il y a des grizzlis dans tous les coins en Californie, c'est bien connu. Même sur le drapeau.
Image destinée à aérer mon article

Et des ratons-laveurs. Pas sur le drapeau mais partout ailleurs. Et le raton laveur est fourbe : il n'y a qu'à voir comment on l'accord au pluriel. Bref, n'écoutant que mon courage (et la suggestion de la maîtresse de Téa), je me suis portée volontaire pour être "chaperone" (à prononcer avec l'accent, parce que c'est comme ça que l'on dit en VO). Mon ordre de mission est donc le suivant :

- Conduire le maximum d'enfants vers le Parc du Mount Lassen. Ici point de car, ce sont les parents accompagnateurs (nous sommes 9 en tout) et la maîtresse qui s'y collent. Comme j'ai prétexté ne pas encore avoir mon permis de conduire californien (obligatoire pour les résidents) et un manque de connaissance certains des us de la route, j'ai élégamment décliné l'offre. Ce qui a prodigieusement emmerdé tout le monde. Je tiens cependant à préciser que sur le contrat de chauffeur il est stipulé que boire de l'alcool est proscrit (ah bon ?) et qu'il n'est pas autorisé d'écouter de la musique ou d'histoire enregistrée. Les passagers n'ont pas le droit d'écouter leur MP3 non plus. Sachant que deux arrêts sont prévus et que le voyage va donc durer sept heures en tout, ça va être sympa. Je me suis fait une petite liste de sujets de conversation à avoir avec ma chauffeuse : cuisine, coiffeur, bien-être et méditation, analyse socio-économique de la baisse du prix du concombre, les enfants (évidemment), les voitures (c'est de circonstance et merci d'ailleurs, vraiment beaucoup beaucoup de me conduire), le dernier résultat des sondages pour les très très prochaines élections grecques, la Guerre de Troie (on vient de parler de la Grèce), etc.

- Préparer à manger au petit déj et au dîner : chaque parent dispose d'un groupe de six enfants à nourrir, d'un réchaud, d'un frigo garni au préalable par de la nourriture pré-préparée par les parents de la classe.

- Cuire 24 oeufs durs histoire de participer à la pré-préparation et faire oublier ainsi que je n'ai toujours pas mon permis de conduire californien.

- Ne pas me doucher pendant toute la durée du séjour. Non parce que je passe une forme de bizutage mais parce qu'il n'y a simplement pas de douche sur place. Avec 28 pré-ado, je bénis le manque de finesse de mon odorat.

- Et... Après une conférence call entre parents accompagnateurs vendredi dernier (je n'invente rien, c'est promis) j'ai appris que je dormirai sous une tente, les chalets cosi (et chauffés ?) étant réservés aux enfants. Les températures annoncées la semaine prochaine plafonnent à 23°C (je vous ménage encore un peu en parlant en Celsius, mais je me mettrai bientôt au Farenheit !) mais descendent (pourquoi ai-je envie d'écrire "plongent" à -4°C la nuit... No comment. Enfin si : Argh.

Bien sûr, en faisant nos valises en Frane, nous n'avons pas pensé à emmener notre matériel de randonnée. Je vous passe la recherche du nécessaire, avec liste exhaustive à l'appui. C'est là que la "Waldorf community" s'est montrée une fois de plus à la hauteur. Les parents nous ont prêté les back-packs de pro, les sacs de couchage iso-presso-mono-que-même-au-pôle-nord-tu-peux-dormir-en-nuisette-dedans-t'auras-jamais-froid (notons ici que je ne prends pas de nuisette (que je n'ai pas) ne sachant pas avec qui je partage ma tente ET que je préfère affronter le grizzly en jogging informe et large t-shirt. Pour le kung-fu, c'est mieux).

Un élément clé de mon uniforme : mes superbes chaussures de marche

Je prie donc chacun de vous de penser à moi. Je regarderai les étoiles filantes traverser le ciel de velours et se perdre dans l'immensité de la voie lacté. Je saurai alors que vos voeux m'accompagnent... Avant d'entamer une nouvelle série de pompes sans les bras. Un bandana rouge noué autour du front. Le raton laveur sur la rôtissoire et la peau d'ours en descente de sac de couchage.

"Hasta la vista, Baby" Terminator in Terminator 2