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samedi 9 janvier 2016

Noël au Mexique

Diantre, Noël est passé et nous sommes déjà en 2016. Nous entamons le 5e mois de notre séjour. Les fêtes étant une des périodes propice aux marronniers et autres lapalissades, j'aurais envie d'écrire : "Que le temps file" et d'ajouter aussi : "Que nous sommes loin...".
Or, l'avantage d'être loin de chez soi est que l'on est proche d'ailleurs... (lapalissons, lapalissons !). Nous avons donc saisi la chance des ces quinze jours de vacances (enfin quinze !) et mes beaux-parents (merci d'admirer le joli zeugma) pour passer Noël au Mexique. Et, plus précisément en Basse-Californie. Et plus précisément encore à Los Cabos. Sur une carte géographique tu contasteras ami lecteur que le Mexique est doté d'un petit doigt, comme l'Italie d'un talon, la Corse d'un pouce, etc. Los Cabos est au bout du bout de ce doigt. Et au bout de ce doigt, c'est un peu comme si nous étions au bout du monde.

"Un bout du monde" en bas du doigt, à gauche...
Mais pour y arriver, il a fallu d'abord prendre un avion. Pendant trois heures. Un vol que je qualifierais d'Orangina, pour son si fameux slogan : "Secouez-moi, secouez-moi". Ah ami lecteur, toi qui connais ma légère réticence vis-à-vis de tout mode de transport aérien, tu sauras à quel point la Basse-Californie m'a semblé loin. D'autant qu'à l'occasion de ce voyage, j'ai pu constater que les pilotes américains ont une petite tendance à délaisser le bouton "Merci d'attacher vos ceintures" (j'y mets les formes, c'est toujours plus agréable), contrairement aux pilotes français qui l'actionnent à la moindre anticipation de possible turbulence... A croire que dans les cockpits américains ce fichu bouton est placé à un endroit inaccessible, genre sous le tableau de bord au fond à gauche que non seulement on ne voit rien dans ce bazar (oui, il y a des pilotes belges dans la flotte US) mais en plus il faut se pencher en avant, risquer un lumbago, voire se détacher... Un peu comme la manette qui permet d'ouvrir le capot d'une voiture, en fait...



Bref, le signal éteint, les jambes pas (encore) trop en coton, je profite d'aller aux toilettes. Que j'atteins sans trop de heurts... Jusqu'à ce que l'avion décide de s'offrir un petit rodéo. Si j'y étais allée me refaire une petite beauté, je serais sortie de là façon portrait de Picasso période cubiste, les deux yeux crevés en prime. De retour (pénible) vers mon siège, j'ai aidé une maman qui portait son petit dans un bras et de quoi le changer dans l'autre. Elle a fini à quatre pattes, le bébé sur le dos pendant que je jouais au bilboquet avec le change...

Le pilote a fini par trouver le bouton du signal de la ceinture quand je suis arrivée rampante à mon siège. J'ai fait trois noeuds à la mienne avant de la boucler. Serrée. Cette fois plus encore qu'à l'accoutumée fouler la terre ferme m'a semblé un petit miracle.









Les bagages récupérés, nous avons embarqué dans notre voiture de location modèle XXL... Cabo Pulmo, nous voilà... Ou presque. Après 225 mètres de route goudronnée nous passons sur une piste. Sable, cailloux, trous... Qui ont mis à mal tous les brushings de la famille. "Secouez-moi ! Secouez-moi !" aura vraiment été le jingle notre journée ! Sans compter que la nuit s'est mise à tomber, que les panneaux d'indication ne sont pas légion dans la région et que l'aiguille de la jauge d'essence s'est soudainement tournée du côté du 0. Histoire de faire son intéressante.
La possibilité de pousser notre 98 tonnes (à 5, tout est possible) étant encore envisageable,  jusqu'à ce que Cyril s'exclame : "Oh zut, je crois que je viens d'écraser un serpent !". Le silence s'est abattu dans l'habitacle. Et c'est les mâchoires et les fesses serrées que nous sommes arrivés dans notre joli hôtel.

Grand ouvert sur l'océan... Spectacle magique du matin...
Nous étions en pleine saison de migration des baleines, et il n'était pas rare d'en apercevoir au loin...
Confortablement installés sur une de ces plages désertes... A perte de vue.


Cabo Pulmo est un parc national. Il abrite le seul récif de corail vivant d'Amérique du Nord. Le commandant Cousteau, sous son bonnet rouge, disait de ce bout d'océan qu'il était "l'aquarium du monde", et nos quelques petites incursions en masque et tuba ont parfaitement illustré sa déclaration...




vendredi 4 décembre 2015

Vaaaaaaaaaah-cances

Après tout peut-être notre réputation d'immenses flemmards est-elle justifiée... Toujours est-il qu'après deux mois et demi d'école-travail non stop, nous attendions les vacances de Thanksgiving avec une impatience difficilement contenue. Téa a été vaillante jusqu'au vendredi soir après un test en espagnol, un autre en mandarin et un troisième en histoire romaine. Mila a cédé sur la ligne d'arrivée. Ses sinus ont lâché ou plutôt le contraire : ils se sont complètement bouchés. Vendredi au lit. "Petite craquette" de fin de parcours.
Les valises bouclées dès samedi matin, nous sommes monter à bord de notre guimbarde fraîchement sortie de chez le garagiste.
En piste pour la première étape de notre voyage : Mendocino, à deux heures et demi de route au nord de SF. Petite bourgade plus que sympathique nichée au bord de l'océan.
On s'est oxygéné la tête, les poumons...

©cyrilz
Dans notre hôtel le restaurant était végétalien (sans viande, ni poisson, ni oeufs, ni produits laitiers). Haha ! En ce qui me concerne, j'ai trouvé mon bonheur, le café au (bon) lait de soja passe pas trop mal le matin, et le tofu n'est pas mon ennemi. Un peu plus compliqué pour les filles, concernant notamment les pancakes sans oeufs ni beurre, à la farine intégrale... Elles ont néanmoins fini par trouver les oeufs benedict sans oeufs assez intéressants ! Le soir, le guacamole a fait des émules...



©cyrilz


Mendocino est au bord d'une rivière qui se jète sans l'océan, une plage monumentale et une lande qui domine le Pacifique.
©cyrilz
A marée basse, les rochers recèlent de milliards de moules et d'anémones de mer. Plus loin, le sable jaune est d'une finesse remarquable et l'eau a, par endroits, creusé les parois en petits tunnel dans lesquels on peut passez en kayak.  En automne, les arbres du village se parent de rouge pour les érables, d'orange et de jaune d'or... Le ciel, quand il est nuageux, grise la mer de plomb, quand il est limpide, rivalise d'intensité azuré.
©cyrilz
Puis nous sommes remontés à bord de notre mythique voiture pour piquer plein Est en direction du Lac Tahoe.
Arrêt burgers à Lucerne. "Switzerland in California", était-il stipulé sur le panneau d'entrée de la ville. 

Coté pile : on pourrait être en Suisse

Côté face : pas de doute, on est bien aux US
Et arrivée nocturne et sous la neige dans notre Benz Benz Benz qui commençait à sérieusement peiner sur les montées... On lui pardonnera étant donné son grand âge... Mais nous avons cru ne pas y arriver quand l'aiguille des vitesses tentait péniblement d'indiquer les 25 mph sur des routes limitées à 50 mph. Je ne sais pas à combien s'élève les amendes pour excès de non-vitesse, mais nous l'avons échappé belle.

Lake Tahoe, nous y étions donc, après deux jours entiers de chutes de neige. Nous avons skié Mila et moi. Il faut savoir que la station North Star où nous nous trouvions date des années 70... Conçu comme il se doit pour un confort maximum, la patinoire constitue le centre de la station. Tout autour, de grands feus de bois largement protégés permettent de se réchauffer en buvant un café acheté au Starbuck du coin. 
Dans l'hôtel où nous nous trouvons, il y a un magasin de location de ski. Avant toute chose on y remplit un formulaire avec tous les renseignements nécessaires au bon déroulement d'une location de matériel. Nous sommes ensuite accueillies par un employé facilement identifiable à sa tenue : comme tous ses collègues, il porte un pantalon "casual" beige, l'inévitable chemise californienne à carreaux et un pull sans manche rouge. Un badge indique son prénom. Eric C. est notre référent. Il arrive avec nos chaussures, nos skis. Nous les fait essayer. Revient avec le casque de Mila. Nous indique la caisse, où nous pouvons acheter également nos "ski pass". Le temps de régler, d'accepter les plates excuses du caissier qui m'a demandé ma date de naissance pour mon abonnement puis s'est rendu compte que son imprimante n'avait plus de carte, nous revoilà près d'Eric C. Pour récupérer notre matériel.
Non sans notre petite préparation psychologique et physique : remettre nos parkas à 30°C, coincé nos gants dans nos poches, mis nos bonnets... Sorti nos deux paires de bras supplémentaires, bandé nos biceps, abdo, triceps etc... Je suis parée pour porter les skis de Mila, les miens, ses chaussures, les miennes... Déjà suante à grosses gouttes j'affiche mon sourire le plus éclatant, le bonnet légèrement de travers, les lunettes de soleil sur le bout du nez, hyper décontractée genre "je gère comme un chef, je skiais déjà que t'étais pas né mon p'tit, et oui, je peux porter 3 paires de ski presque autant de chaussures... Même pas mal"... Mais Eric C. a l'air un peu surpris de me revoir. Petite encoche à mon ego... Ma crédibilité est en berne... Ne parlons même plus de ma séduction qui est réduite à néant... Bon, en même temps, j'ai passé l'âge. Péremption. Et puis en tenue de ski qui n'en est pas, on ne peut pas espérer grand chose en même temps... Oh, et la vie est ailleurs, non ? L'art, les oiseaux...
"Mais votre matériel vous attend auprès du valet de ski..."
"Du valet de ski...?"
Voilà. Le valet de ski. LA DÉCOUVERTE. Depuis tout ce temps il existe, il est là. Tout de noir vêtu, l'oreillette vissée dans l'oreille. Arpentant les racks de ski et de bâtons. Grand. Beau. Fort. Le valet de ski. Il te demande ton nom et t'accompagne quelques mètres (feet) plus loin. Il a posé tes skis au sol, en direction des pistes, planté tes bâtons de chaque côté. Sur tes skis, il y a ton nom. Il te souhaite "have fun" et te couve tendrement du regard quand tu t'élances maladroitement vers les pistes... Et quand tu reviens, il se matérialise à tes côtés. S'inquiète de savoir si tu t'es bien amusée... Si tu vas skier à nouveau dans la journée auquel cas il ne rangera pas tes skis au même endroit. Et si tu fais mine de ramasser tes skis parce qu'on est pas des esclavagistes quand même, il froncera légèrement le sourcil droit derrière ses RayBan parce qu'il faudrait quand même pas que tu fasses son job... Il y a des limites à ne pas dépasser, Lady...
Sur les pistes, il y a des "agrées" pour les skieurs et les snowboarders, des rampes, de toutes sortes. Des skieurs plutôt aguerri et des employés de la station qui passent pour s'assurer que tout fonctionne. Aux remontées mécaniques on te scanne avec une sorte pistolet pour s'assurer que tu as bien payé ton forfait. Sur les télésièges il y a des cibles dessinées pour bien positionner tes fesses et sur la barrière que tu descends, un plan des pistes. A l'arrivée, il y a un employé derrière les machines prêt à tout stopper en cas de problème et un autre qui remet de la neige à chaque passage, qui te souhaite "have fun" quand tu le salues. Un seul nous a souhaité "bonne journée", mais on sentait bien que c'était le rebelle de la bande... La vue était fabuleuse le Mont Pluto culmine à 2600m. Hélas mon téléphone a refusé de prendre les photos pour étayer cet article.

Cela étant nous sommes "descendus" ensuite au Lac Tahoe, le 2e plus grand lac de montagne des Etats-Unis. Et là, j'illustre...






















mercredi 7 octobre 2015

Point Reyes

Incursion un peu au Nord de SF le week-en dernier... Quand l'Amérique tient ses promesses de grandeur...

Des biches à quelques mètres de nous

Des humains à quelques mètres de moi





Un peu plus loin au large, nous pouvons apercevoir des baleines...


Le phare de Point Reyes 



Dissuasif !

mardi 29 septembre 2015

De la classe verte - 3e partie (Field trip - part 3)

Ou comment cela s'est-il fini.

En haut du Cinder Cone, le vent souffle violemment. Je retrouve même un des élèves couché par terre tellement il souffre de vertige et le vent semble nous pousser vers le ravin. J'attrape fermement la main de Téa. L'histoire ne nous dit pas si c'est pour aider mon aînée ou me rassurer moi-même. L'histoire est cachottière...
Puis nous sommes descendus dans le cratère. Où nous avons déjeuné et dessiné. A l'école Waldorf, les enfants constituent eux-mêmes leurs livres de classe. Ainsi préparent-ils celui de géologie qu'ils étudient en ce moment, raison pour laquelle la classe verte se déroule dans un parc volcanique. Une fois ces tâches accomplies, nous empruntons un autre chemin pour descendre. Prennent la tête du cortège les enfants qui veulent descendre en courant (mais où est mon bandana rouge !???). Je reste derrière : certains enfants n'ont pas envie de courir. Après cinq heures de randonnée, entrecoupée du repas et de multiples snacks, nous dînons de saucisses grillées sur le feu allumé et entretenu par les gamins. Une fois de plus le syndrome du transfert "à la française" me gagne... Et je vois vingt-huit pyromanes en puissance... Pleine page dans la Provence, rubrique Faits Divers : "La classe verte part en fumée. Après avoir mis le feu à leur professeur et aux parents accompagnateurs, les élèves de la classe de Mimounette-les-Truffes ont déclenché un incendie de forêt sans précédent. Les pompiers luttent courageusement contre les flammes dévastatrices. Parmi les décombres, les soldats du feu ont eu la surprise de trouver le cadavre de Michel M. dangereux tueur en série recherché par les forces de l'ordre depuis mai 1994. Etc." 

Mais les saucisses étaient bien cuites et bienvenues. Retour au campement. Dodo à 20.00. Parfait pour les braves. Trop tôt pour les ours. Et trop froid. Et trop pluvieux. On a flirté avec des températures négatives cette nuit-là. Même si on a essayé de m'embrouiller avec les degrés Fahrenheit (est-ce que quelqu'un peut me faire la grâce de m'expliquer comment se convertissent ces machins ?) ! J'ai béni la maman qui m'a prêté un sac de couchage méga-luxe-plume-d'oies-du-Canada-tirettes-extensible-et-capuchon-réversible si bien que seul mon nez se trouvait à l'air libre. Réveil matutinal où tu n'imagines même pas te laver le visage. De toutes façons, il n'y a pas d'eau mais de la glace. Petit déj mega express avec gants bonnet et écharpe. Et hop c'est reparti pour une nouvelle balade : l'ascension du mont Lassen. 3189 mètres, 10457 pieds, mec. Ouais. Ça te pose un randonneur... Sauf qu'il pleut là... A 1500 mètres. Donc à plus de 3000... Je regarde mes chaussures. Les trous d'aération de mes chaussures. 
Est-il décent de faire l'ascension en sac de couchage ?
Grizzly blond sous ciel gris
Ce jour-là, nous avons dû renoncer car il y avait effectivement une tempête de neige et les rangers ont fermé la route. Mais nous avons une maîtresse plein de ressources qui nous invite à nous rabattre sur une petite randonnée...  De 3 heures. Nous avons marché 3 heures. Fini par rencontrer la neige. Et lorsqu'il s'est agi de faire demi-tour, les deux-tiers de la classe en ont redemandé. Je me suis sacrifiée pour ramener le tiers fatigué. J'ai définitivement perdu mon bandana rouge...
Ce soir-là deux mères sont rentrées remplacées par deux autres. La maîtresse nous a trouvé un petit chalet chauffé pour nous éviter la tente. Toutes les quatre dans nos lits superposés, nous étions ravies. D'autant que l'une des "nouvelles" mamans avait amené du vin (rôôôôôô strictly forbidden, mais on a une maîtresse funky)... Et ce petit retour à la civilisation était tout bonnement délicieux.
Troisième et dernier jour sur place. On ne renonce pas à l'ascension du Mont Lassen : le soleil est réapparu. Il fait toujours 2° CELSIUS... Manque de pot (ou pas !), la route est encore fermée ce matin. Mais imperturbable, notre maîtresse nous trouve une petite rando de derrière les fagots et hop nous revoilà partis pour 2 heures. Entrecoupés des incontournables snacks et pique-nique. Nous croisons Jean-Pascal guilleret québécois qui joint Vancouver à San Diego à vélo... Je vous laisse consulter vos googlemaps mais croyez-moi, ça fait une trotte. Le bandana rouge qu'il porte autour du cou m'est singulièrement familier...
De retour à notre base, nous constatons que la route est ouverte. En voiture ! Direction les bassins de soufre de Bumpass Hell. Une heure de sentier enneigé et détrempé pour y parvenir. Mes chaussures font un bruit d'éponge quand nous arrivons à la hauteur des fumerolles dont l'odeur n'est pas sans évoquer celle des oeufs pourris... Sur mes 28 camarades une petite dizaine seulement est chaussée de façon idoine.

Photo importée, je n'avais plus de batterie...
 Snack et retour vers les voitures. Je me fais une joie de remonter dans le van avec mon camarade J. qui, tout végétarien qu'il est, est fan de bouffe. Mais c'est compter sans notre énergique maîtresse qui propose aux enfants de faire une bataille de boules de neige. Il est 17h30, depuis trois heures, nos pieds macèrent dans des chaussures humides à -3 degrés. Le bout de nos doigts menacent de tomber dans nos gants en laine. J'ai imaginé près de 200 modèles différents de chapeau de nez... J'ai une recette de bouillabaisse sur le feu pour J... L'annonce me fait l'effet... D'un iceberg en pleine face. Va pour la bataille. Je serai observatrice. Téa n'ose pas participer : elle ne veut pas viser ses camarades... Elle finit par suivre la troupe de loin... Je sais que ce n'est pas très facile pour elle. Voir toute cette tribu s'amuser n'est pas sans lui rappeler violemment sa bande à elle. Et le manque est parfois criant...
Nous rentrons de nuit vers le campement. Je rappelle qu'il n'y a pas d'électricité. Le dîner est donc préparé à la frontale. Personne n'a de chaussures de rechange. Les enfants sont étrangement silencieux... Dans les chalets, ça sent la chaussette mouillée. En nous mettant en pyjama (ce qui s'impose comme le moment le plus intime que j'aie partagé avec un enseignant de mes enfants !), la maîtresse me confie qu'elle a peut-être poussé les enfants un peu loin... Je prends mon air suisse, neutre donc, et avec un petit sourire, j'ose un "peut-être" savamment interrogatif !
Le lendemain nous remballons. Retour guilleret vers SF... La maman qui me ramène nous met au bout de 30 minutes de voyage un conte lu qui dure plus de 4 heures. L'histoire ne dit pas si c'est pour éviter de subir ma conversation... L'histoire est cachottière...

mercredi 23 septembre 2015

De la classe verte - 2e partie. (Field trip - part 2)

Ou comment je m'en suis sortie

Déjà cinq jours que je suis revenue et que je n'ai pas encore pris le temps de raconter ce voyage de classe. "Voyage de classe" parce que "Classe verte" induit quelque chose d'un peu primesautier. Une forme de naïveté enfantine qui s'est évanouie au bout de cinq minutes de voyage.
Jour 1 : "GO"
Mais avant même le départ, je me dois de décrire l'embarquement. Sur le trottoir devant l'école, une camionnette garée suivie d'une série de cinq voitures plus grosses les unes que les autres. Des enfants excités, des tas de bagages et sacs de couchage, et une dizaine de frigos de pique-nique et autant de large caisses en plastique. Pères et mères s'activent pour charger le tout dans le coffre des voitures et de la camionnette loué par un papa... Et zou... Le convoi s'ébranle pour plus de 6 heures de voyage.
Me voilà donc en voiture, conduite par S., en compagnie de 3 garçons de la classe. Après les présentations, j'entame, enthousiaste, le début de ma liste de sujets de conversation. J'en choisis un facile, histoire de mettre tout le monde à l'aise. Un sujet qui a fait ses preuves parce qu'il ouvre sur d'autres : le logement à SF... Mais avant même de laisser parler mon interlocutrice conductrice, j'aperçois l'un de mes protégés qui sort de son sac à dos un Opinel aiguisé à souhait. Regard paniqué vers les issues possibles de la Prius à bord de laquelle j'ai pris place. "Les sorties de secours se trouvent à l'avant, au milieu et à l'arrière de la cabine"...? Quand les deux autres enfants sortent à leur tour qui son couteau suisse qui son canif énorme. Et mon cerveau en pleine phase transitionnelle d'adaptation transfère l'image des trois bambins armés à une classe verte en France...
Une pleine page dans la Provence, rubrique Faits Divers : "Ils partaient en classe verte armés. Trois élèves de l'école Schmoll à Michounette-les-Oies ont égorgé leur professeur et les parents accompagnateurs devant leurs camarades indifférents sur l'aire de camping de Plouf-sur-Rivette. Une mère a bien tenté de donner l'alerte mais s'est pris les pieds dans une peau d'ours oubliée là par un précédent campeur." etc.
Mais les passagers ont déjà rangé leur couteau, et entament leur premier "snack" de la journée. Arrosé de leur première gourde d'un litre d'eau. (Il a été spécifié d'emmener deux gourdes d'un litre AU MOINS (c'était en majuscule) par enfant. Afin qu'ils puissent beaucoup boire pour lutter contre le mal de montagne). Mon pilote, elle, continue de deviser sur les prix délirants du logement à San Francisco... Qui lui permettront d'aborder par la suite, les prix délirants de tout à San Francisco. Et ainsi d'enchaîner sur l'école, qui est le théâtre de luttes intestines comme toute autre école sur la terre... La terre qui est un astre... Dans le système solaire... Je n'ai pas eu besoin de piocher d'autres sujets de conversation dans ma liste. Le voyage est passé tout seul.

Le Mont Lassen

Mesdames et messieurs : Le Parc National Volcanique du Mont Lassen. Il fait très nuageux et pas très chaud. Les enfants prennent possession de leur chalet et moi, de ma tente, qu'un papa m'aide à monter. J'y installe mon magnifique sac de couchage rempli de plumes d'oie prêté par une maman soucieuse de mon confort, sur un matelas prêté par une autre famille. Bref, j'organise mon petit chez moi... Et crée un premier fossé culturel quand j'annonce que la première et dernière fois que j'ai dormi dans une tente, j'avais douze ans. Émoi chez mes interlocuteurs qui campent 20 fois par an, et gardent au fond du coffre de leur SUV ou de leur Prius, une tente pop-up, un matelas gonflable et un réchaud en cas de camping intempestif. Rassurez-vous, j'ai immédiatement réconcilié les continents en arguant de l'espace inouï des parcs nationaux américains versus la modestie des campings français qui font moins rêver.
Première nuit sous la tente. Après avoir tenté d'analyser tous les bruits de grignotages, pas et courses, frôlements divers et variés d'une vie hyperactive qui se déploie avec la tombée de la nuit, une lumière se braque sur la toile de mon modeste abri. Je regarde l'heure : 2 heures du matin. Il fallait évidemment que ça tombe sur moi. Ça ne loupe jamais. Le tueur du Mont Lassen a choisi ma tente. Forcément. N'écoutant que mon courage j'articule avec tout l'aplomb que je peux fournir pelotonnée dans mon ample duvet,  un "Who is it ?" censé faire diversion. Voire peur. Mais bon, plutôt diversion en fait. Parce qu'on est d'accord : le gars, il ne peut décemment pas me répondre : "Je suis le tueur du Mont Lassen et je viens t'exécuter parce que tu ne campes pas assez." Ou "J'aime pas comme tu as monté ta tente. Tu mérites de mourir." Ou "Je suis un grizzly deux point zéro, je voulais te montrer ma nouvelle appli lampe de poche sur mon iPhone 6". Quand une petite voix bien connue m'interpelle : "Maman ? C'est moi, Téa, je n'arrive pas à dormir... J'ai mal au ventre". Mon grizzly mesure 160 cm, est blond comme les blés et a ses grands yeux bleus ouverts, mouillés de larmes... Ma Téa a mal au ventre parce qu'on a mangé du Chili au dîner, et dans une chambre partagée avec 6 autres gamines, il est difficile de laisser la digestion se faire... Je vais donc prévenir la maman qui chaperonne son chalet. Cette dernière non seulement se lève pour serrer Téa dans ses bras et proposer des médicaments, mais va dans sa voiture chercher un matelas (celui du camping intempestif), nous accompagne jusqu'à ma tente et se met à gonfler à pleins poumons ledit matelas. Il est 2h15 du matin, il fait un froid de gueux, il y a des grizzlys et des tueurs en série embusqués derrière chaque arbre et cette femme, en chemise de nuit, pieds nus, s'occupent du bien-être de mon enfant. Je m'incline. Et lui saurai gré éternellement.

Jour 2 : le "Cinder Cone"
6 heures du mat', j'ai des frissons, je claque des dents mais je ne monte aucun son. Il n'y en a pas. Calme absolu du petit matin. Le soleil se lève au moins aussi péniblement que moi. Je passe une tête échevelée par le zip de ma tente... La maîtresse est là, pimpante. Il faut s'habiller et rejoindre la table de notre groupe de repas pour donner les indications pour la préparation du petit déj. Je rappelle au passage qu'il n'y a aucune douche. Que ce matin-là je ne soupçonne pas encore l'existence des toilettes chauffées (qui vont vite me sembler d'un luxe inouï) avec chasse d'eau, robinets et lavabos. Non, ce matin-là je pratique seulement les toilettes sèches. Et l'arrivée d'eau extérieure. Réveil garanti. Je rejoins mon petit groupe de 7 élèves, dont Téa fait partie ainsi que la maîtresse. Chaque groupe dispose d'un réchaud, d'une casserole et d'une poêle, d'un frigo et d'une caisse remplis des ingrédients nécessaires aux repas de TOUT le séjour. Les menus ont été élaborés par une maman de la classe, qui a organisé la préparation préalable d'un certain nombre de plats par d'autres parents (j'ai contribué en cuisant 24 oeufs durs !). Le menu de ce premier petit déj : oeufs brouillés et saucisses, fraises, yaourts. Au cours des prochains petits déjeuners nous aurons des tortillas, du porridge, un gâteau aux pommes... Les enfants se partagent les tâches allant de la cuisson à la vaisselle en passant par la réorganisation du frigo et de la caisse de nourriture. Qui sont soigneusement rangés dans les "bear boxes", sorte d'armoires extérieures verrouillées pour échapper à la curiosité d'un ours. Ou d'un tueur en série.
On se réunit autour d'une autre table où sont disposées diverses denrées pour l'élaboration du repas de midi que chacun se prépare tout seul. Les parents se divisent ensuite les 18 tonnes de noix, fruits, et autres crackers des 32 snacks de la journée. Et c'est parti pour notre première randonnée. 5 heures de marche à la découverte et l'ascension du Cinder Cone, volcan de cendres éteint.


 Juste avant d'entamer la montée sur le chemin que l'on distingue à droite du volcan, après le 12e snack de la matinée, la maîtresse réunit tout le monde et annonce que cela va être très difficile. La tradition veut que sur ce chemin, on fait trois pas en avant et deux en arrière. Mais aucun plainte, aucun gémissement ne sera toléré. Je traduis à Téa qui me saisit la main. De l'autre, je cherche mon bandana rouge, pour me le nouer autour du front.



A suive... (To be continued...)

dimanche 13 septembre 2015

De la classe verte - 1ère partie. (Field trip - Part 1)

Ce n'était pas prévu. Mais l'imprévu est une donnée constitutive du voyage, n'est-ce pas ? Et le chemin de l'intégration m'évoque par moment le parcours du funambule. De l'art du juste équilibre.
C'est lors de l'entretien que nous avons eu avec les institutrices des filles que la nouvelle est tombée : la classe de Téa part en classe verte la semaine du 14 septembre (deux semaines donc après la rentrée). Calendrier surprenant de prime abord. Mais quand on sait que dans les écoles Waldorf une institutrice garde la même classe du CP à la 4e, on s'en étonne moins. Les gamins se côtoient depuis leur cinq ans, et il n'est plus question de devoir faire connaissance avant de partir.
Evidemment, à l'annonce de cette information, mon coeur de mère en a pris un coup : comment laisser partir Téa seule avec tout ce monde, pendant 5 jours, à des heures et des heures de voiture au nord de San Francisco. Dans un parc volcanique. Avec des volcans partout, donc. Qui sont censés dormir. Mais tout le monde sait bien qu'il faut toujours se méfier du sommeil du volcan.
Sans compter qu'il peut y avoir quelques grizzlis en perdition par là-bas. Parce qu'il y a des grizzlis dans tous les coins en Californie, c'est bien connu. Même sur le drapeau.
Image destinée à aérer mon article

Et des ratons-laveurs. Pas sur le drapeau mais partout ailleurs. Et le raton laveur est fourbe : il n'y a qu'à voir comment on l'accord au pluriel. Bref, n'écoutant que mon courage (et la suggestion de la maîtresse de Téa), je me suis portée volontaire pour être "chaperone" (à prononcer avec l'accent, parce que c'est comme ça que l'on dit en VO). Mon ordre de mission est donc le suivant :

- Conduire le maximum d'enfants vers le Parc du Mount Lassen. Ici point de car, ce sont les parents accompagnateurs (nous sommes 9 en tout) et la maîtresse qui s'y collent. Comme j'ai prétexté ne pas encore avoir mon permis de conduire californien (obligatoire pour les résidents) et un manque de connaissance certains des us de la route, j'ai élégamment décliné l'offre. Ce qui a prodigieusement emmerdé tout le monde. Je tiens cependant à préciser que sur le contrat de chauffeur il est stipulé que boire de l'alcool est proscrit (ah bon ?) et qu'il n'est pas autorisé d'écouter de la musique ou d'histoire enregistrée. Les passagers n'ont pas le droit d'écouter leur MP3 non plus. Sachant que deux arrêts sont prévus et que le voyage va donc durer sept heures en tout, ça va être sympa. Je me suis fait une petite liste de sujets de conversation à avoir avec ma chauffeuse : cuisine, coiffeur, bien-être et méditation, analyse socio-économique de la baisse du prix du concombre, les enfants (évidemment), les voitures (c'est de circonstance et merci d'ailleurs, vraiment beaucoup beaucoup de me conduire), le dernier résultat des sondages pour les très très prochaines élections grecques, la Guerre de Troie (on vient de parler de la Grèce), etc.

- Préparer à manger au petit déj et au dîner : chaque parent dispose d'un groupe de six enfants à nourrir, d'un réchaud, d'un frigo garni au préalable par de la nourriture pré-préparée par les parents de la classe.

- Cuire 24 oeufs durs histoire de participer à la pré-préparation et faire oublier ainsi que je n'ai toujours pas mon permis de conduire californien.

- Ne pas me doucher pendant toute la durée du séjour. Non parce que je passe une forme de bizutage mais parce qu'il n'y a simplement pas de douche sur place. Avec 28 pré-ado, je bénis le manque de finesse de mon odorat.

- Et... Après une conférence call entre parents accompagnateurs vendredi dernier (je n'invente rien, c'est promis) j'ai appris que je dormirai sous une tente, les chalets cosi (et chauffés ?) étant réservés aux enfants. Les températures annoncées la semaine prochaine plafonnent à 23°C (je vous ménage encore un peu en parlant en Celsius, mais je me mettrai bientôt au Farenheit !) mais descendent (pourquoi ai-je envie d'écrire "plongent" à -4°C la nuit... No comment. Enfin si : Argh.

Bien sûr, en faisant nos valises en Frane, nous n'avons pas pensé à emmener notre matériel de randonnée. Je vous passe la recherche du nécessaire, avec liste exhaustive à l'appui. C'est là que la "Waldorf community" s'est montrée une fois de plus à la hauteur. Les parents nous ont prêté les back-packs de pro, les sacs de couchage iso-presso-mono-que-même-au-pôle-nord-tu-peux-dormir-en-nuisette-dedans-t'auras-jamais-froid (notons ici que je ne prends pas de nuisette (que je n'ai pas) ne sachant pas avec qui je partage ma tente ET que je préfère affronter le grizzly en jogging informe et large t-shirt. Pour le kung-fu, c'est mieux).

Un élément clé de mon uniforme : mes superbes chaussures de marche

Je prie donc chacun de vous de penser à moi. Je regarderai les étoiles filantes traverser le ciel de velours et se perdre dans l'immensité de la voie lacté. Je saurai alors que vos voeux m'accompagnent... Avant d'entamer une nouvelle série de pompes sans les bras. Un bandana rouge noué autour du front. Le raton laveur sur la rôtissoire et la peau d'ours en descente de sac de couchage.

"Hasta la vista, Baby" Terminator in Terminator 2